Publié le: 15 avril 2013

Catégories: En vrac

Viadeo vient d’annoncer la semaine dernière une levée de fonds conséquente, à hauteur de 24 millions d’euros. Après les annonces de rachat de Instagram par Facebook, de Podio par Citrix (Citrix se renforce dans la collaboratif en rachetant Podio) et de BlueKiwi par Atos (Atos rachète BlueKiwi), l’information, malgré le montant, est passée relativement inaperçue. Il faut avouer que Viadeo, malgré le succès certain de l’entreprise depuis son lancement, peine à trouver un écho large dans la blogosphère française. Lorsque je repasse l’historique des 5 années de publication sur ce blog, et même sur MediasSociaux.fr, je dois bien avouer que je fais partie de ces personnes qui n’ont, jusqu’à ce jour, faiblement parlé de Viadeo.

Pour autant, même si nous sommes loin des sommes affichées la semaine dernière par Facebook avec 1 milliard de dollars pour le rachat de Instagram (Ce qu’il faut comprendre du rachat de Instagram pour un milliard de dollars), il s’agit ici d’une des plus grosses levée de fonds d’un service français, puisque il faut remonter pour trouver des montants équivalents :

  • Photoways, en 2005, avec une levée de fonds de 24 millions d’euros (plus grosse levée de fonds depuis 2000 en France !)
  • Dailymotion, en 2009, avec une levée de fonds de 15 millions d’euros (leur précédent tour de table leur avait déjà permis de lever 7 millions d’euros)
  • eBuzzing, en 2011, avec une levée de fonds de 17 millions d’euros, qui a permis d’entériner la création d’un vrai groupe média digital dans lequel la marque Wikio a alors disparue.

Celui qui pourrait décrocher un nouveau record national serait le site d’écoute de musique en ligne, Deezer, qui malgré un rapprochement avec Orange, viserait de lever avant l’été une somme comprise entre 50 et 100 millions d’euros (Deezer voudrait lever près de 100 millions d’euros pour son développement international)

De nombreuses interventions récentes sur les réseaux sociaux professionnels et les outils collaboratifs, m’ont amené à étudier largement Viadeo et son évolution ses dernières années. Avant de détailler cela, un préambule pour rappeler que j’apprécie globalement le service proposé par Viadeo et ses équipes et ce qui pourrait être pris comme une critique n’est qu’une volonté de détailler des points d’amélioration obligatoires aujourd’hui pour le service, que, sans nul doute, la levée de fonds permettra d’appréhender rapidement.

Viadeo en quelques chiffres

Viadeo, clairement connaît une croissance bien moins fulgurante que son principal concurrent déclaré sur le marché des réseaux sociaux professionnels, à savoir LinkedIn. En effet, ce dernier atteint aujourd’hui les 150 millions d’inscrits, pendant que Viadeo, beaucoup moins présent dans les pays anglo-saxons serait à 40 millions d’inscrits.

De plus, ce ce chiffre de 40 millions est à relativiser. En effet, Viadeo a misé une partie de son développement international, dans des pays émergents comme la Chine ou l’Inde sur le rachat de réseaux nationaux déjà présents plutôt que sur le développement en propre de sa marque.

  • Octobre 2009 : rachat de la société canadienne, UNIK, qui était à mi-chemin entre l’annuaire de personnes et le réseau social. Le site aurait compté lors du rachat plus de 20 millions de profils, qui aurait permis à Viadeo de passer de 8,5 millions d’inscrits en juillet 2009 à 30 millions début 2010.
  • Mars 2009 : rachat du réseau social Chinois Tianji pour 10 millions d’euros. Le site depuis 2007 officiait déjà comme partenaire de Viadeo sur ce marché. La croissance est importante puisque le site compterait désormais 10 millions d’inscrits. Pour autant, on est évidemment bien loins des centaines de millions d’inscrits que comptent d’autres réseaux sociaux chinois généralistes comme QQ ou RenRen.
  • Janvier 2009 : rachat du réseau social professionnel n°1 en Inde, ApnaCircle… mais qui comptait lors du rachat que 3 millions d’inscrits (si on rapporte à la taille potentielle du marché indien).
Hors mis ces chiffres liés au rachat, Viadeo apparaît comme solidement installé en France où il dépasse encore LinkedIn en nombre d’inscrits (4,5 millions d’inscrits pour Viadeo contre 3,2 millions pour LinkedIn) et également sur un autre marché émergent, l’Amérique Latine où il compterait plus de 12 millions d’inscrits.

Une nouvelle levée de fonds pour accélérer le développement sur le marché chinois

Le principal objectif déclaré de cette nouvelle levée de fonds est d’accélérer le déploiement international de Viadeo. Autre point majeur à souligner, cette levée de fonds s’est fait, en partie, auprès des investisseurs historiques de Viadeo (24 millions d’euros : le Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) qui apportera près de 10 millions d’euros, complétés par ses actionnaires historiques Idinvest et Ventech et auxquels s’ajoutent Allianz et des fonds du Moyen Orient.), ce qui prouve la confiance de ces derniers dans la stratégie menée depuis plusieurs années par le réseau social professionnel n°1 en France.

L’autre but avoué de Viadeo avec cette levée de fonds est de préparer l’avenir et une prochaine entrée en Bourse. Pas de date ou de calendrier précis communiqué, mais une volonté affichée de Dan Serfaty, président de Viadeo, d’entrer à terme sur le marché boursier. L’arrivée au capital d’investisseurs du Moyen Orient permet de supposer que cette région du monde, au même titre que des marchés Asiatiques, Africains et LatinoAmericains feront bien évidemment partie des régions sur lesquelles Viadeo va miser pour le renforcement de son développement à l’international. A date, son principal concurrent LinkedIn est surtout présent dans les pays anglophones :

  • Près de 60 millions de membres inscrits aux Etats-Unis, soit 40% de la base totale des inscrits à LinkedIn ;
  • 8,4 millions d’inscrits au Royaume-Uni, soit la part total des inscrits de Viadeo en Europe ;
  • Plus de 13 millions d’inscrits en Inde, et près de 3 millions en Australie.
En Amérique Latine, LinkedIn compte 16 millions d’inscrits (dont 40% au Brésil) : LinkedIn et Viadeo font donc à peu près jeu égal Viadeo comptant 12 millions de membres.
Le marché de toutes les convoitises semble donc d’abord le marché chinois et plus largement les marchés asiatiques sur lesquels les perspectives de développement semblent les plus fortes. Le rachat de Tianji apparaît clairement comme la bonne trouvaille sur un marché où les acteurs étrangers et surtout Américains comme LinkedIn sont vus d’un mauvais oeil par le gouvernement.

Des problèmes majeurs à régler rapidement

Au délà des aspects liés à la poursuite du développement international de Viadeo, cette levée de fonds doit également permettre à Viadeo de faire face à un ensemble de problèmes que le site semble peiner à résoudre :

  • Une refonte récente du système de Hubs, qui désormais sont regroupés sous l’appellation Groupes et Sous-Groupes. Pour autant, les Groupes apparaissent à première vue comme largement moins dynamiques que sur LinkedIn. En donnant très tôt à Viadeo une orientation job board et plateforme de recrutement avec tout un tas de services à destination de recruteurs, cette stratégie, je pense, s’est fait au détriment d’une recherche fonctionnelle plus aboutie sur la dimension de la participation.  pour l’internaute et les entreprises
  • Une plateforme de Questions / Réponses qui nécessiterait l’intégration d’un principe de gamification. Comme pour les Groupes, la fonctionnalité est pertinente et se retrouve également sur LinkedIn. Pour autant, la participation sur cet espace ne permet pas aux profils d’être valorisés via un système de classements ou de points.
  • Une synergie complexe avec Tianji et ApnaCircle : le choix des rachats de ces deux sociétés se révèle être, à mon sens, une stratégie pertinente d’entrée sur ces marchés. Pour autant, comme tout réseau social, les développements côutent chers, et les rapprochements fonctionnels et technologiques avec la plateforme Viadeo semblent toujours peiner (information confirmée en off par des dévelpppeurs internes à Viadeo). Maintenir et développer plusieurs plateformes représentent des coûts majeurs et surtout un manque d’agilité et de réactivité que tout autre acteur ne devant se préoccuper que d’une seule plateforme ne rencontre pas.
Au delà d’une volonté d’implantation encore plus forte à l’international et, sans nul doute, d’un renforcement des stratégies de monétisation, Viadeo ne devra pas oublier l’aspect fonctionnel qui aujourd’hui, pour de nombreux utilisateurs, semble représenter un frein à utiliser plus fréquemment Viadeo que LinkedIn.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *