Que retenir du rapport Lemoine et du label French Tech sur la transformation digitale de l’économie française ?

Publié le: 12 novembre 2014

Catégories: Transformation digitale

Mots clés:

Il est paru il y a quelques jours seulement et était très attendu: le rapport Lemoine sur la transformation numérique de la France. Lors de l’annonce de la mise en place d’un comité en charge de remettre son rapport, je m’étais dit qu’on aurait des pistes intéressantes, riches et pragmatiques (cf : Préparer l’économie française à la transformation numérique : est-il trop tard ?). Si dans les faits, on retrouve de nombreuses propositions notamment dans des secteurs clés comme la formation ou bien encore la santé, la cataloguisation de 180 propositions fait perdre son sens à une logique d’ensemble.

Si on reprend la mission initiale de ce comité, il avait pour but de présenter des recommandations en matière d’investissements, de formation, d’innovation et de règlementation devant permettre, à l’économie française, de rattraper ou intégrer le choc numérique. Le rapport initialement prévu en juillet n’a finalement été remis au Ministre de l’Economie que la semaine dernière (du fait principalement des changements ministériels puisque la mission avait été « commandé » par Arnaud Montebourg à l’époque).

Le numérique en France c’est un quart de la croissance française et de la création d’emplois

Neuf mois après le début de la mission confiée au comité présidé par Philippe Lemoine (patron du groupe LaSer et président de la fondation Internet nouvelle génération, FING),  il en ressort 180 propositions, classées selon leur priorisation dans le temps. Le rapport commence sur un constat majeur qu’il est important de rappeler tant Internet et le monde digital sont vus encore largement comme destructeur potentiel d’emploi (il suffit de se rappeler il y a quelques semaines la guerre entre les taxis et les VTC) : la transformation numérique génère plus d’opportunités que de risques pour la France. N’oublions pas qu’aujourd’hui le numérique en France pèse pour une quart de la croissance (certes faible) mais également de la création d’emplois.

Je dois avouer que sur la première partie et les 9 propositions de projet à mettre en place rapidement je suis sceptique. On retombe selon moi dans une vision très étatique et dirigiste de l’innovation comme à l’époque industriel de Airbus, TGV ou bien encore du Minitel. En effet, parmi ces 9 projets clairement identifiés on retrouve une solution de paiement anonyme, un modèle d’automobile connecté ou bien encore une proposition de fablab.

Parmi les choses plus intéressantes, elles sont proposées dans une vision à moyen terme. Ce sont 53 mesures transverses, qui visent à asseoir la transformation digitale. On retrouve par exemple une proposition de création d’un réseau social usagers-administration qui viserait à regrouper les différents services pour plus de simplification pour le citoyen,  ou alors beaucoup plus intéressant et réaliste le « 1 % open » incitant les entreprises à créer des projets open source.

Dans les autres projets intéressants :

  • Création d’un « pass mobilité universel ».L’idée est celle d’un titre de transport unique (train, vélib’, bus…), utilisable partout en France, lequel serait payé via un smartphone. Des services complémentaires pourraient être proposés pour choisir le meilleur itinéraire, par exemple en prenant en compte certaines contraintes. Le problème est que le nombre de sociétés privées que ce principe fait entrer ainsi que la politique tarifaire complexe de ces acteurs rend probablement ce projet utopique, même si fort intéressant du point de vue de l’usager.

  • Mise en place des incitations fiscales (on aime bien ça en France) pour les entreprises qui lancent des actions bienveillantes à l’égard des start-ups françaises : parrainage médiatique, partage de données, amorçage, etc.

  • Accroître la part de formation au numérique et aux métiers du numérique dans la formation professionnelle, notamment quand on se rappelle le chiffre que je donnais plus haut sur les possibilités et les besoins en terme d’emploi dans ce secteur.

  • Créer une filière professionnelle « numérique » dès le lycée, pré-Bac.

  • Lancer un compte personnel de formation numérique pour accéder aux formations professionnelles en ligne.

  • Créer des incubateurs de cabinets médicaux connectés.

  • Organiser en France la première exposition numérique universelle

Autant le rapport est riche de propositions, autant il se veut une revue probablement trop large de propositions. Aujourd’hui, c’est une vraie prise de conscience et de recul que le gouvernement doit avoir. Aujourd’hui, le risque est d’avoir encore un grand nombre de propositions / projets numériques qui ne sont pas encouragés au profit des lobbies et des organisations en place en sont le témoignage.

9 villes françaises labelisées French Tech

Afin de faire de la France une pépinière à start-up comme l’aime à le rappeler Axelle Lemaire, secrétaire d’état en charge du Numérique, l’Etat s’est lancé dans un projet de marketing visant à valoriser nos fleurons numériques Français à la fois auprès d’investisseurs / partenaires qu’auprès de l’étranger. Si Paris héberge déjà 60% des start-up en France, ce sont 9 villes sur 15 candidatures qui ont été retenues pour recevoir ce recherché label (French Tech Aix-Marseille, Bordeaux Métropole numérique, Digital Grenoble, Lille is French Tech, Lyon French Tech, Nantes Tech, Montpellier Métropole numérique, La French Tech Rennes, French Tech Toulouse)

Les 9 villes ayant le label French Tech

Une fois les villes labellisées, un audit sera à nouveau conduit en 2015 avant une attribution du label pour  trois ans. Comme gain ? Rien de financier de la part de l’Etat a priori mais une valorisation du territoire et une capacité plus grande à un niveau local de fédérer des acteurs innovants et de le rendre visibles. On est donc bien sur un principe de marketing de savoir valoriser une offre existante qui doit aller en s’étoffant. Reste à savoir si ce label ne sera pas un nième coup de communication mais bien un vrai accélérateur de l’innovation numérique en France… tout comme projette de l’être le rapport Lemoine sur la transformation numérique de l’économie française.

Un commentaire pour Que retenir du rapport Lemoine et du label French Tech sur la transformation digitale de l’économie française ?

  1. […] Il est paru il y a quelques jours seulement et était très attendu: le rapport Lemoine sur la transformation numérique de la France. Lors de l'annonce de la mise en place d'un comité en charge de re…  […]

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *