Pourquoi renonçons-nous à notre anonymat sur Internet ?

Publié le: 27 août 2014

Catégories: Transformation digitale

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L’une des grandes craintes de Internet vu comme « Big Brother » reste la perte de contrôle de nos données. Internet est un espace de liberté où encore plus aujourd’hui chacun peut facilement participer, échanger, partager. Mais cet espace de liberté est remis en cause par des géants qui souhaitent, dans le cadre de leur logique publicitaire basée sur une connaissance fine de l’utilisateur, et l’apport de fonctionnalités d’hyper-ciblage pour les annonceurs pour une meilleure performance. Que ce soient Google, Facebook, Amazon, Microsoft, l’ambition n’est pas de vous vendre des produits, c’est aussi de capter un maximum d’informations sur vous, qui vous êtes, ce ce que vous aimez faire… votre fameuse identité numérique.

La montée en puissance des objects connectés et notamment liés directement à la personne (la santé, le sport, l’habitat, les déplacements, …) sont certes une formidable source de développement technologique mais pose en même temps la question de l’exploitation des données personnelles collectées et de leur sécurisation.

« Facebook : je t’aime moi non plus »

Les leaders sur Internet font peur, c’est un réflexe encore plus fort en France, pays de défense des libertés. Microsoft, Google et aujourd’hui Facebook se font souvent critiquer autour des données personnelles et de leur utilisation. Il faut se rappeler en ce qui concerne Facebook que cela ne date pas de hier car déjà le lancement abandonné de Facebook Beacon avait fait des remous, les changements dans leur politique de CGUs également. Pour autant, cela ne créé pas de défection de ce service, bien au contraire. Dans un effet de mimétisme social, on a tous utilisé Google plutôt que d’autres moteurs de recherche, et on voit se reproduire le même schéma avec Facebook.

Snapchat s’est développé en valorisant l’argument de la disparition des images partagées mais on le sait ils collectent tout autant de données sur l’utilisateur (Snapchat, l’âge de mâturité d’un service mobile pour adolescents ?), et vont devoir eux aussi accélérer sur leur stratégie de monétisation (How Snapchat will make money ?). De plus, avec la probable entrée au capital d’un géant du e-commerce comme Alibaba, nul doute que la connaissance des utilisateurs est centrale aux réflexions actuelles du service.

L’anonymat sur Internet servait à se protéger en avançant à visage masqué, sous le nom d’un pseudo. Mais aujourd’hui il est important d’avoir une « second life » et de la valoriser. Il n’est pas important d’avoir un réseau d’amis important, il devient plus important d’avoir 500 faux amis sur Facebook ou 300 followers sur Twitter. Il est important de valoriser ses performances sportives sur les réseaux sociaux voire même pour certains leurs performances sexuelles comme avec Nipple (il y a décidément une application sociale pour tout). On se donne l’illusion d’une importance et donc d’une existence. Nous passons du « Je pense donc je suis » au « Je partage donc je suis ». La société individualiste pousse à ce que les outils virtuels le soient moins voire soient l’opposé.

Les risques : le contrôle de l’identité numérique par quelques acteurs

Autant nous sommes enclin à donner notre vraie identité à Google et Facebook car on comprend, au regard des services proposés, les bénéfices que l’on peut en retirer, autant le mouvement est bien souvent inverse vis à vis des marques. Utilisation de junk mail pour des opérations concouristes, choix de ne pas s’abonner à des newsletter pour mieux contrôler les données reçues et préférer des modes alternatifs comme Twitter ou Facebook, il est parfois plus compliqué pour l’annonceur de capter facilement la donnée véritable sur l’identité numérique d’un internaute.

Vous devez vous faire une raison : l’anonymat numérique n’est plus la règle mais l’exception voire bientôt une utopie initiale.

« Un bébé qui naît aujourd’hui grandira sans la moindre idée de ce que ‘vie privée’ peut bien vouloir dire. Ils ne sauront jamais ce que signifie avoir un moment à soi, une pensée sans qu’on l’enregistre ou qu’on l’analyse. C’est un grave problème car la vie privée est fondamentale. La vie privée est la condition essentielle qui nous permet de nous réaliser et de décider qui nous voulons être dans la vie. » selon Edward Snowden.

Même les applications qui garantissent une certaine dose d’anonymat comme Secret qui a beaucoup fait parler notamment dans le petit monde de la communication où l’anonymat peut être propice au défouloir nominatif ne sont pas si anonymes que cela (Your Anonymous posts to Secret aren’t anonymous after all).

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