Twitter devient rentable pour la première fois de son histoire mais…

Publié le: 8 février 2018

Catégories: Médias sociaux

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Twitter vient d’annoncer ces résultats trimestriels qui apparaissent comme bons puisque, depuis 12 ans d’existence, c’est le premier trimestre où Twitter atteint la rentabilité. Cependant, tous les voyants ne sont pas au vert comme celui du nombre de compte actifs qui n’a pas progressé sur la période. Il y a un an, pour Petit Web (le 03 avril 2016 précisément), je publiais une tribune dans laquelle je revenais sur certains chiffres clés de Twitter de l’époque (nombre d’utilisateurs, croissance chiffre d’affaires…) qui me laissait sceptique sur l’avenir à moyen terme de Twitter. Je vous propose, un an plus tard, de refaire l’exercice en reposant la question : Quel avenir pour Twitter ?

Les accrocs à Twitter vont me dire que je vois le verre à moitié vide mais dire que Twitter ne va pas très bien n’est pas un euphémisme. Officiellement, quand on regarde certains chiffres, il n’y a pas de raison valable de s’alarmer : Twitter revendiquait, début 2017, 319 millions d’utilisateurs dans le monde et un chiffre d’affaires en 2016 de 2,5 milliards de dollars, en hausse de 15% par rapport à 2015 (alors que Snapchat fait +600% dans le même temps). Début 2018, quelle est donc la situation de Twitter sur ces deux indicateurs clés que sont l’audience et la croissance du chiffre d’affaires (dépendant essentiellement des revenus publicitaires) ?

Quels sont les chiffres clés de Twitter en 2017 ?

Avec 330 millions d’utilisateurs fin 2017, la croissance de Twitter continue donc de ralentir et n’a pas progressé même sur le dernier trimestre :  moins de 5% de croissance en 2017. Le graphique ci-dessous est assez éloquent sur le ralentissement de la croissance commencé en 2014. Ainsi en 2 ans et demi, entre le Q1 2015 et Q3 2017, Twitter n’a gagné que 10% d’utilisateurs actifs. Vous me direz que c’est toujours mieux que d’être en décroissance. Ne connaissant pas des chiffres plus récents, on ne peut pas donc pas évaluer à ce stade l’impact positif (ou pas) qu’aurait eu le passage à 280 caractères.

En effet, en novembre 2017, Twitter a apporté un changement majeur à un des principes fondateurs : le passage à 280 caractères. Il est vrai que même si les 140 caractères ont été regretté par certains utilisateurs qui y voyaient l’enterrement d’une raison du succès de Twitter, je suis plutôt de l’avis de la direction en pensant que ce blocage technique à 140 caractères causaient plus de freins pour le grand public que de raisons de s’inscrire ou rester. Dans les faits, il semblerait que peu d’utilisateurs profitent fréquemment de cette possibilité de faire des tweets longs. Il s’agit dans les faits surtout de répondre aux besoins des annonceurs qui ont ainsi plus de place et de possibilité pour faire passer leur discours publicitaires.

Aux USA, le nombre d’utilisateurs en 2017 est resté stable entre Q1 2017 et Q3 2017, la croissance ne provenant que de l’étranger. Pas d’effet positif Donald Trump de ce côté là !

Plus inquiétant, le nombre réel de faux comptes. Dur de l’estimer car Twitter, bien évidemment, ne va pas communiquer sur cette donnée. Mais quand on sait qu’une seule plateforme comme The Follower Factory, dans la tourmente judiciaire depuis quelques semaines pour usurpation d’identité, compterait 3,5 millions de faux comptes, on peut vraiment se poser la question du nombre d’utilisateurs réels que compte Twitter. Surtout que pour Twitter un utilisateur actif n’est pas une personne mais un compte actif, qui peut donc être une personne morale ou physique (à la différence de Facebook qui différence pages et profils). Je reprends ici des chiffres qui estimerait que le nombre de faux comptes (dont bots) seraient aux alentour de 15% du total d’utilisateurs actifs. On atterrit donc probablement à un nombre de comptes actifs, réels, de 280 millions.

Au niveau du chiffres d’affaires, c’est là où probablement le constat est plus positif. Déjà en Q3 2017 , Twitter avait procédé à une diminution importante de ses pertes (pour ne peser que 4% des revenus de Twitter). Toutefois, cette baisse des pertes (de 103 à 21 millions de dollars) ne venait pas de l’augmentation du chiffres d’affaire qui avait baissé sur la période.

Néanmoins, le retour à l’équilibre était attendu pour le dernier trimestre 2017. Les résultats ont même dépassé les espérances puisque c’est le premier trimestre, après 12 ans d’existence, où Twitter a été rentable. Le chiffre d’affaires a été au rendez-vous avec 732 millions, contre 686 millions attendus par les analystes.

Résultat sur 2017, le cours de Bourse semble au beau fixe.

Oui, « semble au beau fixe » car quand on regarde sur une période plus large, on est encore loin des niveaux records.

En 2009, je faisais entendre une voix dissonante en affirmant que « Twitter ne deviendrait jamais grand public ». J’énumérais entre autres parmi les 5 raisons, les refus de Twitter de se faire racheter au moment où les dirigeants auraient peut-être dû céder aux sirènes nommées Facebook ou Google (Disney et Verizon, aussi, se seraient montrés intéressés) mais également une difficulté à émerger sur le marché publicitaire du fait de formats moins impactants.

Twitter a compris depuis son obligation pour essayer de renouer avec la rentabilité de trouver des nouvelles sources de revenus :

  • une API Premium payante, qui offre donc plus de possibilité que l’API gratuite. Le pricing était de $149 pour 500 requêtes par mois et, pour 10K requêtes par mois, il montait à $2499.

  • Une version payante avec promotion automatique des comptes et des tweets : pour engager davantage de comptes à acheter de la publicité sur Twitter, l’idée ici de Twitter est de proposer un abonnement censé simplifié la promotion de son compte et de ses contenus pour un prix de $99. Dans les faits, ne soyons pas dupes, il s’agit surtout pour Twitter d’essayer de récupérer des revenus dépensés aujourd’hui par ses utilisateurs sur des plateformes tierces permettant de faire « grossir » son nombre d’abonnés. Là encore, depuis le lancement en novembre dernier, silence radio de Twitter sur le nombre d’abonnés ayant souscrit cette offre.

Conclusion : verre à moitié plein ou vide ?

Il y a donc un certain nombre de signes encourageants du côté de Twitter : la fin de la règle sainte des 140 caractères, la diversification des revenus publicitaires, la volonté de réduire les dépenses… et cela s’est traduit dans certains chiffres. Toutefois, la concurrence n’est clairement pas la même non plus sur le terrain de l’attention digitale. Les applications de messagerie depuis 3 ans lui sont passées devant (WhatsApp, …) et Snapchat compte 178 millions d’utilisateurs… par jour (soit plus de la moitié des comptes actifs mensuels de Twitter) (lire : Comment expliquer les bons résultats trimestriels de Snapchat ?). Si on ajoute à cela, le semi-échec de Vine qui a dû être fermé en janvier 2017 ainsi que celui du Periscope (face à Facebook Live), en fonction de votre tempérament, vous pouvez voir le verre à moitié plein en vous disant que le pire est peut être derrière Twitter ou au contraire vous dire que Twitter n’avance toujours aucune certitude sur son avenir, malgré ce dernier trimestre.

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