Les banques, face à leur transformation digitale, risquent-elles de se faire uberiser ?

Publié le: 30 mars 2015

Catégories: Transformation digitale

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Quand on parle de la transformation digitale des entreprises et plus largement de l’économie, on pense nécessairement aux faillites qu’ont connu plus ou moins récemment des entreprises comme Kodak ou Virgin Megastore en France. De l’autre côté, on pense bien évidemment aux nouveaux géants que sont devenus les Amazon, Google, Apple, Facebook (lire : Ce que les GAFA nous apprennent sur la transformation digitale).

Si je prends ces dernières entreprises, c’est qu’elles ont toutes un point commun qui est rarement abordé : leur ambition dans l’univers du paiement voire des services bancaires (lire : Snapchat, Twitter, Facebook : pourquoi sont-ils tous intéressés par le paiement mobile ?). Que ce soit ces entreprises, ou des entreprises plus méconnues à date du grand public, elles nous amènent à nous poser la question suivante : peut-on imaginer demain les banques se faire « uberiser » au même titre que certains secteurs d’activités ?

Quand on regarde le tableau ci-dessous, on se rend que les « Finances » font partie clairement des secteurs, au même titre que le transport, jugé comme ayant la plus forte propension à se voir « disrupter » par des nouvelles entreprises nées de l’économie digitale.

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1/ Les réseaux sociaux (WeChat, Facebook, Snapchat) se placent sur le transfert d’argent entre particuliers

Vous allez penser qu’il est encore loin le temps où vous ferez confiance à WeChat (service de messagerie mobile, propriété du groupe Chinois Tencent). J’ai le regret de vous annoncer que WeChat n’est pas qu’un service de messagerie mobile mais propose déjà des systèmes de réservation (restaurant, taxi…) mais également des services bancaires… A ceux qui voyaient dans le rachat, pour une somme démesurée, de WhatsApp par Facebook uniquement une logique technologique ou une lubbie, il faut aller chercher bien plus loin car nul doute que Facebook qui sait très bien copier ce que d’autres services depuis quasiment ces débuts.

Récemment encore, les annonces faites par Facebook, dans le cadre de la conférence annuelle F8 (lire : Facebook Messenger devient une plateforme riche de fonctionnalités), se sont largement portées autour de son application Facebook Messenger qui devient une vraie plateforme intégrant module de Relation Client pour les marques, logiques e-commerce et gaming.

Même si lors de cet événement récent, Facebook n’a pas parlé des logiques de paiement, aujourd’hui, les banques doivent faire face à des enjeux fortes et, même si elles représentent une composante majeure de notre économie capitaliste, peut-on imaginer demain les banques se faire « uberiser » ?

Annoncé quelques jours avant la conférence F8, Facebook avait déjà dévoilé son principe de paiement entre particuliers via Facebook Messenger. Sur ce terrain, au delà de Wechat, Facebook doit également faire face à la concurrence de Snapchat. En effet, ce dernier, avec SnapCash, créé en partenariat avec la société de paiement Square, a lancé sa fonctionnalité de transfert d’argent entre ses utilisateurs le 17 novembre dernier.

Que ce soit pour Facebook avec Facebook Messenger ou bien encore Snapchat avec SnapCash, le principe stratégique n’est pas seulement de proposer une fonctionnalité pour enrichir son application mais bien de trouver un « moyen » de récupérer le numéro de carte bleue de ses utilisateurs. En effet, Facebook le sait depuis déjà plusieurs années avec les échecs notamment des Facebook Credits ou autres principes e-commerce : il est difficile pour une application sociale de susciter suffisamment de confiance chez ses utilisateurs pour leur permettre de laisser le numéro de carte bleue.

Il s’agit donc clairement d’un moyen détournée qu’ont trouvé les applications mobiles sociales pour avoir cette donnée de la part de leurs utilisateurs. Apple, dans un autre genre, avait très bien su le faire en rendant obligatoire pour la création d’un compte iTunes le fait d’associer son compte avec un numéro de carte bleue.

L’ambition, on le comprend et on l’a vu avec les annonces faites par Facebook autour de Facebook Messenger, est de proposer un ensemble de services payants directement intégrés dans l’application sociale sans avoir à demander à chaque fois le numéro de carte bleue des utilisateurs.

2/ Les acteurs de la « FinTech » et les autres

On appelle ces entreprises : la « fintech » pour la conjonction entre « Finances » et « Technologie ». Ces sociétés, à la différence des premières présentées ne viennent pas d’un autre univers (les réseaux sociaux) et souhaitent en partenariat (ou pas) avec des organismes bancaires proposés des services de paiement. Bitcoin ou Paypal sont les plus connues d’entre elles et entendent remettre profondément en cause le monopole des banques. On peut différencier dans ce secteurs les types d’entreprises suivantes :

  • Les opérateurs de téléphonie mobile : comme MTN ou Orange en Afrique, qui, du fait des usages différenciées des téléphones et de l’accessibilité aux banques, offrent des services de paiement directement via téléphone. Le principe est alors de proposer de territoires où les populations sont faiblement bancarisées pour proposer des alternatives passant par la téléphonie. Alors certes, ces opérateurs ont encore besoin aujourd’hui de partenariats avec des organismes bancaires pour proposer ces services mais qu’en sera-t-il demain ?

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  • Les nouvelles monnaies : la plus connue est le Bitcoin qui est un nouveau protocole qui créé virtuellement (mais pour de vrai) une nouvelle monnaie sans qu’elle soit rattachée à un état ou un regroupement d’états (ce qui est le cas de toutes les monnaies dans le monde). L’avantage de cette monnaie (je n’évoquerai pas ici des les usages ne respectant pas la loi) est notamment pour les transferts d’argent internationaux, car le Bitcoin sert alors juste d’intermédiaire, le client ne souffre donc pas de sa volatilité et concurrence les frais de transferts très élevé des organismes traditionnels. De manière plus localisée géographiquement, on trouve la monnaie basque (L’Eusko) mais on est ici plus sur une démarche citoyenne et nationaliste.

  • Apple et Google : Google avec son Google Wallet propose depuis déjà un certain temps, un compte d’argent dématérialisé, à l’instar de ce que Paypal peut proposer mais saviez-vous que votre Google Wallet était intégrable directement dans Gmail pour vous permettre d’envoyer de l’argent par email ? Le principal intérêt pour l’utilisateur est de pouvoir payer sans passer par le moyen de la carte bancaire, voire d’avoir des frais réduits ou gratuits sur le paiement de certains achats (billets d’avion, …). Il s’agit ici de proposer une alternative aux banques aux e-commerçants mais également aux commerçants (si on pense au principe développé par Square) en argumentant sur des frais de paiement plus bas que d’autres moyens de paiement. De son côté, Apple entend bien devenir un acteur majeur avec Apple Pay. Possédant déjà une partie de vos informations bancaires (compte iTunes relié à une carte bleue), vos habitudes de consommation mobile, ainsi certaines données biométriques (empreinte digitale du pouce… récupérée par le biais de la fonctionnalité du déverouillage de son téléphone), Apple se place en position de force.  Le principe est que votre téléphone (et demain votre Apple Watch) remplace votre carte bleue pour pouvoir payer dans les magasins (grâce à la norme NFC). Au delà des principes de sécurisation mis en avant par Apple en septembre dernier lors de cette annonce, il s’agit pour ce dernier de récupérer encore plus d’informations sur vos paiements, tout en prélevant une petite commission au passage.

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  • Les pure players digitaux : ils sont ici très nombreux et se placent sur des pans verticalisées de la finance. On peut par exemple du financement participatif (crowdfunding) avec des acteurs connus comme KickStarter, KissKissBankBank. On est ici moins sur une logique bancaire, dans le sens où la banque disparaît, mais bien sur l’un des métiers historiques de la banque (le financement des entreprises et de l’économie) qui passent désormais par de nouvelles plateformes d’intermédiation entre particuliers. Autre exemple d’un métier de la banque remis en cause par de nouveaux intermédiaires : celui de la Bourse. Stocktwits est, par exemple, une plate-forme regroupant les traders et les investisseurs leur permettant d’échanger. On peut citer d’autres exemples notables comme GoCardLess (une start-up anglaise qui permet d’effectuer des prélèvements bancaires automatiques à l’instar de ce que peuvent faire des entreprises comme EDF ou votre FAI), Zopa (), Weeleo (start-up française permettant de simplifier l’échanges de devises étrangères entre particuliers et ainsi ne pas avoir à subir les taux de change). Même si toutes ces entreprises sont regardées d’un oeil attentif par les banques, bien souvent, elles n’existeraient pas car elle s’appuient sur le système bancaire en place et ne le réinventent donc pas. De plus, les banques ont bien compris que dans leur transformation digitale, elles doivent, elles-aussi- s’appuyer et faire fructifier cet écosystème innovant de nouvelles plateformes et services. Ainsi, la Banque Postale, a déjà investi dans quelques FinTech à travers l’Europe (The currency cloud, Smart Angel, Side Trade, KisskissBankBank, Harvest, Fidor Bank).

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3/ Et demain : des acteurs moins attendus comme Starbucks

Avec cet écosystème riche de nouveaux acteurs, on pourrait retrouver demain certains acteurs qu’on attend moins comme Starbucks. En effet, un rapport d’Accenture publié l’année dernière évalue que d’ici 2020, c’est un tiers de l’activité traditionnelle des banques qui pourraient passer par des organismes qui ne sont pas des banques. Starbucks est alors pris comme un exemple partant du principe que sur un usage (le fait de venir quasi quotidiennement dans un starbucks pour acheter quelque chose).

Pas étonnant de voir dans le sens inverse, la banque ING à Opera devenir un café, un lieu de vie où vous pouvez passer votre journée. Le principe est exactement celui que l’on voit aujourd’hui se développer avec Uber :  le principe de base est la gestion de course entre une offre (les chauffeurs) et la demande (les particuliers), mais sur ce principe de base, on peut venir y greffer des services de livraison. Le principe est celui de la gestion du déplacement.

 

10 commentaires pour Les banques, face à leur transformation digitale, risquent-elles de se faire uberiser ?

  1. Marion Lahore dit :

    Merci pour cet article qui permet d’y voir un peu plus clair. La Fin Tech risque-t-elle de mettre en danger les banques? Y perdaient-elles de leur suprématie? 🙂

  2. […] Quand on parle de la transformation digitale des entreprises et plus largement de l'économie, on pense nécessairement aux faillites qu'ont connu plus ou moins récemment des entreprises comme Kodak …  […]

  3. […] Quand on parle de la transformation digitale des entreprises et plus largement de l'économie, on pense nécessairement aux faillites qu'ont connu plus ou moins récemment des entreprises comme Kodak …  […]

  4. […] Quand on parle de la transformation digitale des entreprises et plus largement de l’économie,… […]

  5. […] What is 'fintech'? | IRIS. Les banques, face à leur transformation digitale, risquent-elles de se faire uberiser. […]

  6. […] Les banques, face à leur transformation digitale, risquent-elles de se faire uberiser. Comment les banques font face à la vague fintech – JDN. […]

  7. E Mondriet dit :

    Voilà donc un bon article, bien passionnant. J’ai beaucoup aimé et n’hésiterai pas à le recommander, c’est pas mal du tout !

  8. […] “Quand on parle de la transformation digitale des entreprises et plus largement de l'économie, on pense nécessairement aux faillites qu'ont connu plus ou moins récemment des entreprises comme Kodak …”  […]

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